Je suis mort (adresse à Jack Y. Deel)

L’humain ne peut pas connaître le vécu de la mort, mais il peut dire : « Je suis mort »

Je sais que tu as été fasciné, comme moi, par cette phrase : « Je suis mort », une phrase qui dépasse infiniment en importance d’autres phrases paradoxales comme : »Je mens ». Normalement, cette phrase devrait être impossible à dire (ne serait-ce que parce que, toujours, c’est l’autre qui meurt), et pourtant elle se dit au présent. S’ils parlaient, une trace pourrait la dire, ou un livre, ou un spectre (car ils sont morts), mais ils ne parlent pas, tandis qu’un film, ça parle. Un film peut dire « Je suis mort », et on le croira, car d’un côté c’est un objet, et d’un autre côté, par essence, il transmet le mouvement de la vie. J’en déduis que quand il dit cela, le film dit la vérité. Et si à l’intérieur même d’un film, on trouve cette profération ou une autre analogue (par exemple de dire : « ma mort »), alors cela signifie que le « je suis mort » dédoublé, est mis en abyme. Au cinéma, la pulsion de mort peut, effectivement, se dire.

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