Témoignage

En définitive, toute croyance repose sur un témoignage

Il y a des films qui, comme on le dirait des humains, témoignent. Je ne parle pas de la représentation, dans le film, de personnes qui témoignent, comme l’Indien Segundo vers la fin du film Les Colons (Felipe Galvez-Haberle, 2023), je parle du témoignage du film lui-même. En montrant des images, en reconstituant des archives, en restituant des discours, le film peut témoigner. Il ne témoigne pas pour le témoin à la place du témoin, car c’est impossible1, il ne témoigne pas non plus au nom du réalisateur ou du scénariste, il témoigne lui-même, en tant que film, et c’est ce qu’on peut dire de ce film chilien, Les Colons, pas dans une scène particulière, mais par la signification du film dans son ensemble. D’autres films ont témoigné de l’horreur subie par les Indiens, comme Killers of the Flower Moon(Martin Scorsese, 2023) ou L’étreinte du serpent (Ciro Guerra, 2015). Ce sont des récits basés sur des archives, mais en même temps fictifs, inventés. Ces films, on les croit ou on ne les croit pas. Si on les croit, ils témoignent, avec autant de valeur que si leur caméra elle-même (en tant que caméra) avait vu les événements. Je me rends compte qu’en disant cela, je ne suis pas tout à fait conforme aux propos du linguiste. À la rigueur, une caméra pourrait témoigner de faits réels, mais que dire d’une caméra qui ne filme qu’une fiction reconstituée selon un scénario ? Ce n’est pas qu’elle parle, mais c’est que, malgré tout, elle fait de l’effet, et nous ne pouvons pas ignorer cet effet, comme s’il n’existait pas.

  1. Selon la formulation de Paul Celan : Nul ne témoigne pour le témoin↩︎
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