Valérie et la semaine des miracles (Jaromil Jireš, 1970)

Une virginité toute autre, d’avant toute virginité

Valérie1, jeune orpheline de 13 ans, vit seule avec sa grand-mère dans une confortable maison bourgeoise. Un jeune homme, Olrik l’Aiglon2, par qui elle se sentira attirée tout en se demandant s’il est son frère, joue auprès d’elle un rôle d’ange gardien après lui avoir volé provisoirement, afin de les mettre en sûreté, les boucles d’oreilles qui semblent avoir un rôle protecteur pour la jeune fille. C’est qu’une menace plane sur Valérie : le Putois, un vampire surnommé ainsi en raison de son masque, et qui jongle à l’infini avec les identités, en veut visiblement à elle, et ira jusqu’à passer un pacte avec la grand-mère pour prendre possession de la maison et ses occupants. Elle vit pendant ce temps dans un rêve désorientant où elle est séduite par des prêtres, des vampires, des hommes, des femmes et toutes sortes de personnages plus ou moins déterminés.

Dans ce film un peu trop surréaliste, un peu trop rempli de clichés naïfs ou répétitifs, la virginité du personnage principal, Valérie, jeune fille de 13 ans qui vient d’avoir ses règles pour la première fois (le film raconte la première semaine après l’irruption de ces règles) est montrée sous un angle qui n’est pas psychologique. Certes, entre sa méchante grand-mère qui veut rajeunir, son frère menacé et adoré, sa mère disparue qui finira par revenir avec un amant, les multiples figures d’un père satanique qui se transforme en animal (un putois), c’est bien d’un récit familial qu’il s’agit. Valérie rêve-t-elle ces personnages? S’agit-il de son « propre » fantasme? Peut-être pas. Derrière ces figures socialement déterminées, que le réalisateur lui prescrit, il y a une situation politico-culturelle, et aussi des contraintes, des effets de structure. Valérie n’est ni pure, ni indemne, ni intouchable, ni identique à soi. Elle est plutôt une figure de l’extériorité. Pas encore (ou pas du tout) impliquée dans le phallogocentrisme, elle peut laisser aller son imagination. Au fond, ces figures du discours ne la concernent pas. Elle fait avec, et quand elle dialogue, c’est avec ses boucles d’oreille porteuses d’une logique toute autre. 

  1. Film tchécoslovaque adapté du roman Valérie ou la semaine des merveilles de Vítězslav Nezval, écrit en 1935. ↩︎
  2. Jeu de mot sur Olrik/Olriku – orthographe incertaine. ↩︎
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Pierre D.

Initiateur et auteur du blog "Cinéma en déconstruction"

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