Adieu (Arnaud des Pallières, 2003)

Quand disparaît la prophétie, l’espoir d’un monde à venir, alors disparaissent avec elle l’accueil de l’autre, l’hospitalité, la fraternité

Le générique du film montre une chaîne de montage de camions dans une usine. Tout est propre, brillant, flambant neuf. Les pièces métalliques, les pneus énormes, les blocs moteurs sont déplacés, assemblés, dans un ordre parfait, au son d’une musique électronique envoûtante. Dans un intérieur banal, on voit un homme nommé Ismaël1 qui raconte à sa femme Leïla les crimes et les exactions commis dans sa ville : ils2 ont tué le maire, détruit le centre d’apprentissage, brûlé l’école, tranché la gorge du vieil Ahmed, fermé son café, tué les mères de plusieurs appelés qu’ils connaissaient et accroché leurs têtes à des plaques de signalisation routière. À moi, dit-il, ils m’ont reproché de lire un livre de poèmes écrit par mon père3, ils ont saccagé la chambre de notre fille, ils ont menacé de me tuer. Ismaël n’a pas d’autre choix, il doit quitter l’Algérie. Laissant sa femme et sa fille quelque part à l’abri, il prévoit de se réfugier en France pour quelques années. On le voit quitter la ville, prendre un bus vers l’aéroport. Ses prochaines lettres, dit-il, seront pour sa fille4 qu’il nomme ma princesse, mais étrangement, il ne raconte rien de son propre périple dans ses lettres. L’histoire qu’il raconte n’est pas la sienne propre, mais celle du prophète biblique Jonas5 avec lequel il n’a, apparemment, qu’un seul point commun : la fuite6. Ismaël ne se fait aucune illusion. Il n’attend de la France aucun accueil, aucune hospitalité. Il abandonne son « chez soi » sans espérer en trouver un autre de substitution. Le seul lien qu’il trace entre son pays de départ et son pays d’exil, c’est son parcours. La coupure est totale, la relation inexistante.

Le film met en scène l’abîme qui sépare la vie d’Ismaël de celle d’une famille française, des paysans dont le plus jeune fils, sur quatre, vient de mourir dans un accident de voiture. Le point de croisement entre ces deux existences n’apparaît qu’à la fin et se révèle extrêmement ténu, quasi inexistant : le chauffeur d’un camion7. Pourtant le facteur commun entre ces deux vies est déjà inscrit dans le générique de départ : l’absence de toute possibilité de s’éloigner du programme de départ8. Les paysans vivent entre des bâtiments, entre des murs, sans jamais s’exposer à l’extériorité. Restant entre eux, ils ne croient ni en Dieu, ni en l’altérité. Ils sont chez eux, pris dans un fonctionnement quotidien qui est leur seul souci. Leur répétition aveugle d’un cycle de vie toujours identique résonne avec la problématique du camion, de l’usine, de la fabrication. Le camion n’est qu’une machine, mais il transporte avec lui un secret : le transport des immigrés. Son fond est comme le fond de la baleine : le lieu où se noue le rapport à la mort, à la survie, à l’éventualité ou la virtualité d’un avenir. Dans un monde où le souci de l’autre est inexistant, rien de nouveau n’arrive. Il n’y ni changement, ni déplacement, ni surprise. Ismaël est pris dans une mécanique à laquelle ni lui ni aucun personnage ne peut rien changer. Il n’y a pas d’hospitalité, dit le film. Partout elle est refusée, aussi bien en France qu’en Algérie, mais il y a pire : elle n’est même pas demandée. Ismaël ne demande rien au pays dit d’accueil. C’est vers sa fille qu’il est tourné, et vers une autre histoire, celle de Jonas, qui n’a aucun rapport avec ce qu’il vit. 

Le film se termine par un plan où l’avion du retour traverse lentement le champ du film, puis disparaît hors champ – comme si l’aventure d’Ismaël, comme celle de Jonas, ne pouvait se prolonger qu’ailleurs, en un lieu que le film est impuissant à appréhender. Ismaël forcé à revenir vers son pays d’origine, disparaît hors champ, là où peut se raconter une histoire à la manière de Jonas. Il n’y a ni prière ni miracle dans l’histoire qu’il raconte. Il ne s’adresse pas à Dieu mais à sa fille. Comme Jonas il fuit son pays, et comme Jonas il sera forcé de revenir, mais la mission qui pourrait être la sienne, il l’ignorera jusqu’au bout9. Elle restera virtuelle, comme celle du prêtre qui déjeune dans la famille des paysans. Dans le film, l’histoire racontée par Ismaël s’arrête quand « Jonas exécute l’ordre du tout-puissant »10. Ismaël, quant à lui, se débat pour ne pas être jeté dans l’avion du retour.

Le film semble mystérieux, mais il est absolument réaliste. Dans la vie réelle, il n’y a aucune relation entre l’autochtone et le migrant. Si par hasard ils se croisent, ils ne se disent rien. Seuls ceux qui tirent profit des migrants sont en rapport avec eux, mais leur relation s’arrête au fond d’un camion11

Le film se conclut quand même sur une ouverture. L’histoire n’est pas finie, il n’y a pas qu’Ismaël, il y a aussi sa fille. Grâce au récit du père, son avenir, à elle, reste ouvert.

Ismaël prophète, sa mission. Crise de l’hospitalité.

Dans les sources bibliques ou coraniques, Jonas tente d’échapper à sa mission tout en restant croyant. Il s’éloigne de Dieu mais lui reste attaché spirituellement. Dans le film, c’est sa famille qu’il quitte. Par le biais du récit de Jonas, il reste attaché spirituellement à sa fille, mais il ne prie pas, n’appelle ni Dieu ni Allah. S’il doit accomplir quelque chose, ce sera par ses propres moyens. Comme le dit le curé, la prophétie s’est tue depuis 2000 ans, il n’y aura plus de parole de Dieu. Aucun des enfants du paysan ne croit en Dieu, et le curé lui-même perd la foi. À la fin du film, après une longue traversée de l’écran, l’avion passe dans le hors-champ en direction de l’Algérie, ce qui signifie qu’il va devoir se débrouiller tout seul. Il faudra qu’il s’occupe de sa femme et de sa fille, personne ne l’aidera. Il n’y aura pas de miracle, pas de ricin qui le protègera du soleil. Le film ne se conclut pas, on ne sait pas ce qu’il adviendra de lui.

Derrière la figure de Jonas, c’est le rapport à autrui qui est interrogé. Alors que dans le texte biblique, Jonas fuit l’autre qui a fauté (Ninive), dans le film, c’est l’autre qui ignore Ismaël-Jonas. Le film représente un monde où la prophétie est rejetée, inaudible. Si Ismaël-Jonas ne peut pas y accéder, ce n’est pas à cause d’une faute de sa part, c’est parce que, dans ce monde, l’hospitalité a perdu son statut d’obligation. Un tel monde est inhospitalier pour tous, y compris pour ceux qui sont « chez soi ». Les paysans ne peuvent même pas être hospitaliers pour eux-mêmes. Qu’ils soient Algériens ou Français, les habitants de Ninive sont partout, et leur point commun, c’est qu’ils sont incapables de dialoguer. L’hospitalité est écartée, étrangère, forclose. L’autre n’existe même pas suffisamment pour qu’on lui soit hostile. On ne le voit pas, on ne le connaît pas, on ignore totalement son existence. Le fil qui nous relie à lui (l’amant de l’institutrice qui trompe son mari) est si ténu qu’on ne l’aperçoit même pas. Même sans faire effraction dans le « chez soi » de l’autre, comme cela arrive en Algérie, la solitude suffit pour séparer les gens, et Ismaël-Jonas est doublement séparé.

Ismael sollicite implicitement un accueil, mais personne ne lui répond. Comme Jonas, il se retrouve enfermé dans un ventre monstrueux, un camion machinique. Il écrit à sa fille, sa princesse, comme s’il s’adressait à Dieu. Mais alors qu’à l’époque de Jonas, cet appel pouvait être entendu, à notre époque, il résonne dans le vide12. Les habitants ne reconnaîtront pas leurs fautes, ils ne se convertiront pas, et la dureté des temps se retournera contre Jonas. Nous vivons un temps sans pardon ni miséricorde, où le monde continue à fonctionner comme un univers machinique, brutal. Le curé perd la foi, les fils du paysan ignorent ce qui se passe autour d’eux, Ismaël débarque dans un pays vide de pensée, un pays dans lequel la fraternité est enterrée, aux côtés des cochons et des jeunes gens13.

La morale de cette histoire, c’est qu’aujourd’hui, il y a trop de Ninive pour qu’un pardon soit possible, trop même pour Dieu. Dans un monde devenu structurellement inhospitalier, il n’y a plus d’avenir possible. Le silence définitif de Dieu, c’est le silence de l’au-delà de la loi, un silence de l’altérité qui déborde celui du prophétisme. Tout se passe comme si le « hei » du nom d’Abraham avait été définitivement effacé, et qu’on vive maintenant, pour toujours, dans le monde d’Abram. 

On peut lire dans le générique, à la fin du film, que le réalisateur renvoie à d’autres textes, dont La communauté désoeuvrée de Jean-Luc Nancy (le lieu du pessimisme quasi-chrétien). C’est un film post-chrétien. Il y a peut-être une œuvre de Dieu (dit le curé), mais y a-t-il encore Dieu? Il perd la foi. Personne n’est croyant, ni le père au seuil de la mort qui sait qu’il ne reverra jamais son plus jeune fils, mort dans un accident, ni les autres frères qui sont plus ou moins agressifs à l’égard du curé. Le film ne donne pas le moindre indice sur ce que pourrait être un prophétisme à venir. Si l’on veut le rapprocher d’un autre film, ce serait Le cheval de Turin (Béla Tarr, 2011). Ismaël voudrait faire venir en France un peu de sens, mais il échoue. Le sens est de plus en plus restreint, réduit, bientôt il n’y aura plus du sens. Le film fascine et laisse dans le désarroi le plus total.

Déroulé.

Il y a plusieurs histoires dans le film : celle d’Ismaël, celle d’une famille française, celle d’un prêtre qui perd la foi, et celle du prophète biblique Jonas. Tous se joue aux croisements de ces histoires, dont le montage alterné entretient l’attente, l’angoisse.

Le film commence par un long générique où les noms des acteurs s’intercalent dans un travelling qui montre une chaîne de montage de camions dans une vaste usine. Tout est propre dans ce bâtiment, brillant, flambant neuf. Les pièces métalliques, les énormes pneus, les blocs moteurs sont déplacés, assemblés, dans un ordre parfait, au son d’une musique électronique envoûtante. Dans cet univers, tout est programmé. Les humains n’interagissent pas entre eux, ils semblent ne rien faire d’autre que surveiller, accompagner les machines. Après le générique, on voit un intérieur banal, on entend un homme parler. Il s’adresse à sa femme Leïla, et lui raconte les crimes et les exactions commises dans sa ville.

Ismaël a perdu son chez soi. Son père a été effacé et même le livre qui lui restait a été volé. Il s’est endormi dans la rue, ce qui a éveillé la méfiance de ces hommes, « ils »14, qu’il ne qualifie pas. Son propre chez soi a été détruit, et le lien instauré par « eux », « ils », lui est extérieur. Il n’appartient plus à aucune communauté, il n’a plus de lieu. Ismaël15 décide de quitter l’Algérie. Il s’y sent en danger et préfère laisser sa femme et sa fille à l’abri pour tenter de travailler quelques années en France. Il annonce que ses prochaines lettres seront pour sa fille, qu’il nomme sa princesse. On le voit quitter la ville, prendre un bus vers l’aéroport.

Ismaël n’a aucune attache en France, aucun intérêt pour ce qui s’y passe, il veut juste gagner du temps. Comme il n’a plus d’endroit qui soit chez lui, il reporte le « chez soi » à un avenir lointain, indéterminé16. Il s’en va pour protéger sa vie, sachant qu’il ne trouvera nulle part ailleurs un substitut à ce qui fut sa maison. On voit une femme, une institutrice, lire un texte à ses élèves. Elle attend une inspection quand son mari lui téléphone pour lui dire que son beau-frère a été tué dans un accident. Je t’aime très fort, je t’embrasse, dit-elle. Elle prononce une dictée, développe l’analyse grammaticale, puis commet un lapsus en disant: De toutes façons tout le monde y passera. La grammaire est enseignée de manière exemplaire. Les enfants sont calmes, disciplinés. La mort fait irruption dans cet univers protégé, mais en silence. 

Au son d’une musique classique (Vivaldi), douce mais solennelle, un camion traverse l’usine et sort lentement. Contraste entre la brutalité du premier temps, celui de la fabrication, et la légèreté aérienne du second temps, quand le véhicule semble prendre son élan vers l’extérieur. Ismaël écrit à sa fille, sa chère petite princesse. L’histoire qu’il a choisi de lui raconter est celle de Jonas. « Le mal de l’homme augmentait dans la grande ville de Ninive17. Chaque acte, chaque pensée, chaque instant de Ninive en était imprégné. Jour après jour, le mal grandissait, et l’ange de la mort se présentait déjà devant la face de Dieu. Mais avant que se livre une dernière bataille, Dieu décida d’envoyer un messager pour parler une dernière fois aux habitants. Dieu s’adresse alors à Jonas, fils d’Amitaï, et lui dit : Lève-toi, va vers Ninive la grande ville et parle-leur pour moi. Jonas se leva aussitôt et se mit en chemin, mais ce n’était pas pour aller à Ninive. C’était pour s’enfuir loin, très loin, là où il espérait que Dieu ne pourrait jamais le retrouver ». Pour justifier son départ vis-à-vis de sa fille, Ismaël18 rapproche sa propre histoire de celle de Jonas. Comme Jonas, il s’enfuit pour ne pas rejoindre une ville où règne le mal. Jonas a été missionné par Dieu, tandis qu’il est obligé de partir pour fuir la violence. Jonas a une mission, tandis qu’il n’a pas d’autre mission que celle de protéger sa femme et sa fille, et aussi de se protéger lui-même. En montrant une France machinique, glaciale, le réalisateur nous fait comprendre que la France est aussi Ninive. Ismaël fuit une Ninive pour arriver dans une autre. Il voudrait échapper au mal mais c’est un autre mal qui l’attend. La circularité est, dès le départ, analogue à celui de Jonas : on n’échappe pas à Ninive.

On voit, à la télévision, une chorale d’enfant chanter un hymne religieux. Un prêtre plus âgé discute avec un autre plus jeune. Vous aviez l’impression, dit-il, d’avoir été élu pour une mission. « Ce n’est pas une chose que je dois accomplir pour me distinguer  » répond l’autre, « c’est une chose que j’attends ». « La question n’est pas de savoir ce que je veux, Dieu sait que je ne veux rien ». L’idée d’avoir été retenu pour une mission, d’avoir été élu, n’est pas introduite à propos d’Ismaël, mais à propos du prêtre19 quand il s’adresse à son supérieur qui est aussi son confesseur. Ce ne serait donc pas Ismaël mais plutôt le curé qui serait à la place de Jonas. Pourtant c’est Ismaël, pas le prêtre, qui raconte l’histoire de Jonas.

Le camion quitte le parking où sont rangés des dizaines d’autres camions et s’engage sur la route. Dans l’aéroport, Ismaël continue à raconter l’histoire de Jonas. Il s’adresse à sa fille mais n’écrit pas, peut-être ne s’adresse-t-il qu’à lui-même. Il a besoin, pour lui-même, de se raconter cette histoire. Il cherche sur les quais un bateau qui pourra le conduire à Tarsis. Comme Ismaël, Jonas s’évade solitairement, il se sent coupable, les marins s’en méfient. Il croit pouvoir fuir son devoir, mais dieu est partout, on ne peut pas lui échapper. 

Retour au film : un homme (Paul) s’arrête sur une route de campagne. Il choisit un endroit, prend une pelle et une pioche. Un enfant passe en vélo et semble se demander ce qu’il fait. L’homme prend un cochon apparemment malade, et l’enterre. C’est une histoire dans laquelle les prénoms sont connus (Serge pour le père, Paul, François et Chrétien pour les fils vivants, Simon pour le fils mort), mais il n’y pas de nom de famille. La famille reste anonyme.

L’avion d’Ismaël se pose. Ismaël continue à se raconter l’histoire de Jonas : la méfiance des marins, la peur. Le camion est engagé sur une route. On le voit avancer lentement, au son d’une musique répétitive, angoissante.

Chrétien, un des trois frères, en apnée dans la baignoire, jouant sa propre mort, s’adresse en pensée à Simon, son jeune frère qui vient de mourir dans un accident20. Il voudrait lui raconter une histoire qui concerne sa voisine Myriam qui faisait l’amour avec son copain Gérard Georges21 quand il lui a apporté une pastèque. Cette histoire aurait pu l’amuser, mais il ne peut plus la lui raconter. Dans la ferme familiale, entre Chrétien et Paul, on voit la caméra passer en long travelling entre les murs ou d’un mur à l’autre. C’est un thème récurrent du film qui se répète sans arrêt. On passe sans arrêt d’un mur à l’autre. Dans la ferme familiale, leur chez soi, là où les cochons sont enfermés, il ne semble pas qu’il y ait d’extériorité. Tout ce qui pourrait y ressembler (les femmes, les prêtres, les enfants) semble forclos22. Les frontières étant infranchissables, on ne peut que passer devant. On voit Paul mettre une couronne mortuaire dans son camion. Il enfile des vêtements noirs en prévision de l’enterrement.

C’est un film sur le deuil : on commence par le frère mort, puis le cochon, le père, la foi, et pour Ismaël de la possibilité de venir en France. C’est le deuil de ce qui fait la France (fraternité). La position de François en apnée dans la baignoire, quasi-suicidaire, montre que c’est aussi un deuil de soi-même. Au deuil est associée l’angoisse. Le curé bien sûr est angoissé par sa perte de foi, mais tous les autres le sont aussi : le père si proche de la mort, les frères qui n’ont pas d’horizon, le passeur qui change de travail. Les frères sont chez eux. Les activités courantes, économiques, prennent le pas. 

On joue de l’orgue dans l’église. Paul prépare le père pour l’enterrement. Le troisième frère discute avec une jeune femme (la vendeuse de son magasin de slips23). Il dit qu’il est moins riche que son père et ses frères qui s’occupent de la porcherie. (Conversation banale). Il sert un client.

Dans l’église, le prêtre s’exerce au micro. Les trois frères et le père se dirigent vers l’église. Le père semble dormir. Le camion roule toujours sur la route.nLes trois frères se succèdent auprès du cercueil, tandis que le père parle à l’enfant mort24. Il sait qu’ils ne se reverront pas, nulle part, et il s’enferme dans les toilettes. Les voitures arrivent à l’église. L’institutrice n’est pas habillée en noir, elle porte un manteau blanc. Elle est extérieure à la famille, ne porte ni enfants, ni descendants, mais c’est la seule personne de la famille en contact avec des enfants. On porte le cercueil dans l’église. Le prêtre prononce son sermon. « Dieu a choisi les choses qui ne sont pas, pour faire disparaître celles qui sont » dit-il. Le sermon est très réfléchi, travaillé, mais on s’aperçoit en plein milieu du discours que le père a disparu. On voit des images de cimetière hâchées, confuses. Le père a fait un malaise, on l’emmène sur un brancart, puis dans une ambulance. Le prêtre finit la cérémonie tout seul. On jette des pelletées de terre sur le cercueil de Simon. Tout le monde suit l’ambulance du père, le curé se retrouve seul pour enterrer le cercueil. Cette scène redouble l’enterrement du cochon par Paul : geste solitaire, sans solennité. Les humains sont enterrés comme des cochons. Le médecin examine le père. Son corps fonctionne, mais il semble que, pour lui, le temps se soit arrêté. 

Tout le monde se retrouve pour un repas à la maison. Le médecin parle. « Quelle différence y a-t-il entre croire à un Dieu qu’on ne voit pas, et croire à un fils mort qu’on ne voit plus? Qu’est-ce qui distingue une invisibilité d’une autre invisibilité? ». Le prêtre évoque des preuves de l’existence de Dieu, qui ne sont pour lui que des arguments. Il ne semble pas très sûr de lui. Les fils ne croient pas en Dieu. « L’Ancien testament parlait aux hommes à travers les prophètes » dit le prêtre, et « aujourd’hui c’est fini. Dieu ne parle plus à l’homme. On appelle ça le long silence, et ça dure depuis 2000 ans ». Pourquoi s’est-il arrêté? Pas de réponse. 

La non-hospitalité, c’est aussi la perte ou l’oubli de la prophétie. Depuis que Dieu a arrêté de parler (2000 ans), la prophétie n’est plus possible. Le curé reconnaît qu’il ne sait pas pourquoi. 

Ismaël se trouve avec un groupe d’immigrés ou d’étrangers. Il se raconte toujours l’histoire de Jonas qui cherche à obtenir un passage sur le bateau pendant que lui, Ismaël, fait la queue pour accéder au contrôle d’identité. Jonas paye son passage et finit par embarquer. Le fait que Jonas paye le triple du prix habituel, dit Ismaël, a une signification très importante. Ismaël a l’impression que, lui aussi, il paye plus que le prix normal. 

Paul explique à son frère que sa femme (l’institutrice) a des amants. Il accepte. (Conversation banale). Il rentre chez lui, sa femme est avec un autre homme. « On me propose un autre travail, mieux payé » dit l’homme. Il explique qu’il travaille pour des chantiers, qu’il fait des équipes pour des exploitations agricoles. Son activité est probablement illégale, c’est un passeur, pour le travail au noir. Comme l’institutrice, il est en relation avec l’extérieur. Le croisement avec l’autre histoire, celle d’Ismaël, et avec la figure des camions qu’il conduit, passe par lui et seulement par lui. A eux deux, la femme adultère et le passeur, ils font le lien avec le reste du monde. C’est une rencontre fragile, à l’antipode de l’hospitalité : les paysans français ne sont même pas au courant de l’activité du passeur, ils ne savent rien de l’immigration (sauf que peut-être un immigré travaille dans leur champ).

Ismaël, dans son dortoir collectif, imagine Jonas dans sa minuscule cabine de bateau. Ce sont des cabines qui n’ont pas de clés intérieures, qu’on ne peut pas fermer. Il suffoque avant de s’endormir. À l’aube, le camion roule sur la route de campagne, suivi par d’autres camions. Le prêtre a mal aux dents, il pleure en regardant un documentaire sur les bêtes à bon dieu. Lui aussi suffoque, semble terriblement souffrir. Le père revient, seul, en voiture, à la porcherie. On entend des bruits d’animaux, des hurlements, des grognements. Paul arrive dans une gare parisienne, il circule en bus, voit des militaires, puis les ponts de la Seine.

Le prêtre dit à son supérieur qu’il a dû se précipiter chez le dentiste. « Si j’étais comme vous mon père, si je croyais encore en Dieu, je dirais qu’il m’a montré quelque chose, cette nuit. Il m’a montré que tout est réel : ma dent, les insectes, la douleur. Cette douleur, ça a été le moment de ma naissance au monde réel. On l’avait poussée à l’envers, et le dentiste a dû casser à l’endroit de la mâchoire pour récupérer les bouts de dents. Je suis rentré chez moi, j’ai pris des cachets, un suppositoire très fort contre la douleur, je suis allé me coucher ».

Paul est attablé à une table de café avec sa femme (l’institutrice). Elle lui parle de son amant. Il pense à sa solitude, dans le lit, à côté de sa femme remplie du sperme d’un autre. Il a froid, très froid, il a le sentiment d’être mort. Il ne l’aime plus de la même manière. Il revient en train, s’endort. Paul n’est pas biologiquement mort, mais il se sent déjà mort, comme son frère Chrétien. Le seul frère encore vivant, François, est celui qui a quitté la porcherie. Il n’habite pas chez le père, il a un chez soi, ailleurs. 

Des travailleurs immigrés, y compris Ismaël, prennent place dans un camion. Le lieu du secret, du rêve, de la prière, c’est une machine rutilante, un camion. Ce lieu est aussi un lieu de mort, l’endroit où Ismaël sera découvert par les policiers. Comme dans le récit de Jonas, le passage par le camion-baleine est le début du retour, mais ce retour n’a rien de spirituel. Les migrants sont transportés à l’intérieur d’un camion blanc qui renvoie à la baleine de Melville (blanche), et peut-être aussi, en tant que chaîne de montage25, à la fabrication du récit26 par Arnaud des Pallières27

Il y a des échanges de parole et d’argent entre les hommes et le passeur. Ismaël se récite toujours l’histoire de Jonas : « Voilà qu’est venue l’heure de la marée. Le bateau l’argue ses amarres, quittant un quai désert d’où personne ne le salue. Ce bateau, ma princesse, c’est le premier en date des contrebandiers. Sa contrebande, c’était Jonas. » Il n’y a plus de doute : le camion, c’est le poisson dans lequel Jonas est englouti. Les immigrés sont silencieux, inquiets. « Mais la mer se rebelle. Elle ne veut pas porter le mauvais fardeau. Une effroyable tempête s’est levée et le navire est prêt de se briser, etc… ». « Pendant ce temps, Jonas, lui, dort ». (Ismaël ne dort pas, il pense à cette histoire, il imagine la lettre qu’il aurait pu écrire à sa fille). 

Dans la porcherie, le père est tombé. On l’a retrouvé avec des traces de cochon sur ses vêtements, ses fils l’ont ramené dans la maison, il regarde la télé. Il semble que le père préfère les cochons à ses fils.

Ismaël continue l’histoire. « Jonas était profondément endormi dans les flancs du navire. Le second vient le réveiller et lui hurle à l’oreille : Levez-vous!. Jonas se met debout en chancelant. » Au moment où Ismaël se dit cela, le camion arrive à un portique de paiement et s’arrête. Des policiers s’avancent. Ismaël essaie de s’enfuir, il se cache dans la végétation. « Dans le cœur de Jonas, les terreurs succèdent aux terreurs, il tremble de tout son corps. Il a beau invoquer le froid et la pluie, tout son comportement prouve qu’il est fuyard de Dieu. » Ici l’identification d’Ismaël et de Jonas est claire. « Les matelots tirent au sort afin de voir qui est la cause de cette terrible tempête, et le sort tombe sur Jonas ». Ismaël est capturé par les policiers, il les suit. « Les marins assaillent Jonas de leurs questions : d’où viens-tu? Où vas-tu? Quel est ton peuple? Maintenant mon adorée, regarde bien comment se comporte le malheureux Jonas. Il ne se contente pas de répondre aux questions qu’on lui pose, il répond à une autre question qu’on ne lui a pas posée car cet aveu, que nul n’attendait, lui est arraché par la dure main de dieu qui est sur lui. Je suis hébreu, dit-il. Puis il ajoute : Et je crains Dieu qui fait le monde. » Ismaël est embarqué dans une voiture de la gendarmerie. « Alors, levant au ciel une main pour invoquer Dieu, chaque homme de l’équipage, à contre-cœur, porte l’autre (l’autre main) sur Jonas ». Les marins s’en prennent à Jonas quand il se dit hébreu et invoque Dieu, peu après que le prêtre ait confessé qu’il ne croyait plus en Dieu.

S’il n’y a pas de prophétie, il n’y a pas d’hospitalité non plus, et pas non plus de fraternité. L’enterrement du plus jeune frère, l’enterrement du cochon, c’est aussi l’enterrement de l’hospitalité, de la fraternité, etc.. On est dans le monde de l’économie.

Le père est couché sur le lit, son regard est brouillé. Pendant que les fils parlent, on entend des grognements de cochon. Les fils discutent avec le médecin. Il écoute son fils mort, Simon, il l’entend, bien qu’il ne puisse pas le voir. Il est décédé, pas moi pense le père. Le médecin ne sait pas combien de temps l’agonie peut durer. « Il délire peut-être, mais peut-être aussi qu’il est en train d’accepter la mort. Peut-être que ces deux choses sont les mêmes. » dit le médecin. Le père semble vouloir prononcer des paroles, qu’on n’entend pas. Il ne sent plus son corps, il sent son cœur, il a mal, il ne voit plus, n’entend plus, il est seul, des souvenirs lui reviennent, il est à la fois vieillard et enfant. Il a froid, et le froid s’étend. C’est maintenant, c’est l’instant de sa mort.

Le père perpétuellement mourant s’enferme dans le silence. Il n’y a pas de mère, ni d’enfant dans la famille, pas de généalogie, pas de génération. Dans la famille, il n’y a qu’une seule femme, mais elle est plus dehors que dedans. Elle sert de passerelle. Le seul enfant auquel on parle dans le film, auquel on s’adresse, est la fille d’Ismaël, restée au pays. 

Ismaël, conduit par la police à l’aéroport, songe toujours à Jonas. Voici ce qu’il se dit pendant qu’on le traîne, de force, dans l’avion du retour. « A présent que Jonas a été jeté à la mer par l’équipage, ma très aimée, il a coulé au cœur de la tempête. Emporté dans un tel tourbillon, il s’est à peine rendu compte du moment où il a été avalé par la gueule béante de la baleine, et tout le terrifiant monde sous-marin tourne autour de son corps emprisonné. Alors, du fond du ventre de l’animal monstrueux, Jonas prie Dieu, et du fond des profondeurs si grandes qu’on ne peut les mesurer, alors que la grande baleine est posée sur le sol de l’océan, au plus secret du secret, alors, Dieu entend Jonas et considère avec attention sa prière mon adorée, car Jonas ne pleure ni ne gémit pour sa délivrance. Il sent que ce terrible châtiment est juste, et de sa délivrance, entièrement il s’en remet à son Dieu, en dépît de toutes les souffrances qu’il connaît. Alors, Dieu commande au poisson, et du profond des eaux sombres et glaciales, La baleine remonte lentement vers le soleil, et le poisson rendit Jonas et le jeta sur le rivage, cela sur l’ordre du Seigneur qui commandait pour la seconde fois. » L’appel d’Ismaël, c’est : personne ne m’entend. J’ai beau prier, je suis absolument seul, abandonné. La figure de Jonas, c’est celle de quelqu’un qui est entendu. S’il est entendu, c’est parce qu’il s’en remet entièrement à Dieu. « Et Jonas, ma princesse, mon adorée, Jonas brisé, les oreilles bourdonnantes comme deux coquillages où ne cesse de s’entendre le bruit infini de la mer, Jonas exécute l’ordre du tout-puissant. » L’avion décolle.

« Si Jonas avait pu rester toujours ce qu’il était au début, un homme sans importance, sans papiers en règle, vivant dans un hôtel miteux dans un quartier mal famé, s’il avait pu rester toujours cet homme-là, peut-être alors s’en serait-il sorti, du moins, dans une situation provisoire. Mais Dieu savait que Jonas aurait tôt ou tard le désir d’être visible, reconnu, avec une maison en lui et des papiers en règle, et Dieu mon adorée, Dieu s’adressa une dernière fois à Jonas, et lui dit ceci : Jonas mon ami, regarde, te voilà de nouveau comme avant. Quand tu seras mort et qu’on t’enterrera, ta bouche ouverte posera encore la question : Qu’est-ce que j’ai fait? Car tout cela sert des fins bien supérieures, que tu ignores, et qu’il te faut accepter sans les comprendre, et tu resteras toujours comme ça, bouche ouverte, sans jamais rien pouvoir comprendre. Maintenant, j’aurai peut-être une chose à te dire : ne te fais pas remarquer. Ne suscite pas notre attention, demeure un inconnu pour nous. Peut-être qu’un jour, dans un avenir lointain, lorsque rien de tout cela n’aura plus d’importance, le rituel et les formes de ta chute seront rendus publics. Alors peut-être, à une époque où il n’y aura plus ni zone d’attente dans les aéroports internationaux, ni camps gardés par des policiers armés de mitraillettes, peut-être alors y aura-t-il un procès en réhabilitation. On apprendra que tu n’as porté tort à personne, que tu n’as rien fait, en réalité, sauf d’avoir attiré notre curiosité. 

Pour qu’Ismaël réussisse, il aurait fallu qu’il disparaisse complètement, qu’il se cache absolument de la vue de tous. Puisqu’il était dans l’errance, cette tâche était impossible. Ismaël ne recherchait pas l’hospitalité, il se mesurait à l’impossible. La plus grande vérité, la vérité essentielle (continue la voix off), c’est que malgré le grand nombre que tu représentes, tu ne comptes pas, moi je compte, c’est ça qui nous différencie. En conséquence Jonas mon ami, il faut que tu disparaisses, et que moi, je demeure. 

Tandis que l’avion disparaît, hors-champ, le réalisateur s’adresse à Ismaël-Jonas. Moi, dit-il (c’est-à-dire mon œuvre, mon film), je reste, tandis que toi (le personnage anonyme représenté par Ismaël), tu disparais.

  1. Ismaël est le nom du récitant dans le roman de Herman Melville, Moby Dick (1851). C’est aussi le nom de l’enfant rejeté par Abraham à la demande de sa femme, Sarah. ↩︎
  2. Tout indique que ces ennemis sont des Islamistes, mais cela n’est pas dit expressément. ↩︎
  3. Comme Trelkovsky, il a un problème avec son nom. Il faut qu’il le dissimule, ainsi que sa généalogie, aux agresseurs menaçants. ↩︎
  4. Il écrit à sa fille, mais plutôt que de lui raconter son voyage, il raconte une autre histoire, celle de Jonas. C’est la toute première énigme du film, la plus étrange, la plus incompréhensible au premier abord. Pourquoi Ismaël s’identifie-t-il à Jonas ? S’il s’enfuit, ce n’est pas à la suite d’un appel divin, c’est pour se protéger. Ce n’est pas à Dieu qu’il s’adresse, mais d’abord à sa femme et à sa fille, la princesse, auxquelles il ne promet rien d’autre que son retour, dès que possible, vivant. L’engagement est fragile, terriblement incertain, mais c’est le sien. Pourquoi le réalisateur a-t-il choisi précisément cette histoire, et nulle autre ? Alors que dans le récit biblique, la question posée est celle du pardon que Jonas refusera jusqu’au bout, contre l’avis de Dieu, d’accorder aux habitants de Ninive, dans le film, la question posée est celle de l’hospitalité que la France, à l’encontre de ses propres principes, ne lui accordera pas. ↩︎
  5. En tant que musulman, Ismaël peut mentionner Jonas, car celui-ci est cité à six reprises dans le Coran sous le nom de « Yûnus ». Dans la sourate 21, il est aussi appelé Dū al-Nūn, l’Homme à la baleine. Il a le statut d' »envoyé divin » et tient un haut rang spirituel. Même Mohammed ne doit pas se dire supérieur à lui. ↩︎
  6. S’il s’éloigne d’une Ninive algérienne, c’est pour arriver dans une autre Ninive où personne ne le voit, ne l’entend, ne lui répond. Comme le malheureux Trelkovsky, il se retrouve enfermé dans un lieu qui ne lui accorde aucune place, ici un ventre monstrueux, un camion anonyme qui circule dans un monde dont il ne connaît rien. ↩︎
  7. L’amant de l’épouse d’un des fils de la famille française. ↩︎
  8. À l’exception, bien sûr, du chauffeur de camion et et de son amante. ↩︎
  9. Péroraison finale de la voix off : « Si Jonas avait pu rester toujours ce qu’il était au début, un homme sans importance, sans papiers en règle, vivant dans un hôtel miteux dans un quartier mal famé, s’il avait pu rester toujours cet homme-là, peut-être alors s’en serait-il sorti, du moins, dans une situation provisoire. Mais Dieu savait que Jonas aurait tôt ou tard le désir d’être visible, reconnu, avec une maison en lui et des papiers en règle, et Dieu mon adorée, Dieu s’adressa une dernière fois à Jonas, et lui dit ceci : Jonas mon ami, regarde, te voilà de nouveau comme avant. Quand tu seras mort et qu’on t’enterrera, ta bouche ouverte posera encore la question : Qu’est-ce que j’ai fait ? Car tout cela sert des fins bien supérieures, que tu ignores, et qu’il te faut accepter sans les comprendre, et tu resteras toujours comme ça, bouche ouverte, sans jamais rien pouvoir comprendre. Maintenant, j’aurai peut-être une chose à te dire : ne te fais pas remarquer. Ne suscite pas notre attention, demeure un inconnu pour nous. Peut-être qu’un jour, dans un avenir lointain, lorsque rien de tout cela n’aura plus d’importance, le rituel et les formes de ta chute seront rendus publics. Alors peut-être, à une époque où il n’y aura plus ni zone d’attente dans les aéroports internationaux, ni camps gardés par des policiers armés de mitraillettes, peut-être alors y aura-t-il un procès en réhabilitation. On apprendra que tu n’as porté tort à personne, que tu n’as rien fait, en réalité, sauf d’avoir attiré notre curiosité. La plus grande vérité, la vérité essentielle, c’est que malgré le grand nombre que tu représentes, tu ne comptes pas, moi je compte, c’est ça qui nous différencie. En conséquence Jonas mon ami, il faut que tu disparaisses, et que moi, je demeure. » ↩︎
  10. Cette formule assez brutale se trouve dans le film, et nulle part ailleurs. Elle est peut-être déduite des rares mentions de Jonas dans le Coran, que voici : « Jonas était certes, du nombre des Messagers. Quand il s´enfuit sur un bateau surchargé, Il prit part au tirage au sort qui le désigna pour être jeté [à la mer]. Le poisson l´avala alors qu´il était blâmable. » (Coran 37.139); « Et Dhu an-Nun (Jonas) quand il partit, irrité. Il pensa que Nous n’allions pas l’éprouver. Puis il fit, dans les ténèbres, l’appel que voici : Pas de divinité à part Toi ! Pureté a Toi ! J’ai été vraiment du nombre des injustes. » (Coran 21.87); « S´il n´avait pas été parmi ceux qui glorifient Allah, il serait demeuré dans son ventre jusqu´au jour où l´on sera ressuscité. » (Coran 37.143); « Nous le jetâmes sur la terre nue, indisposé qu´il était. Et Nous fîmes pousser au-dessus de lui un plant de courge. » (Coran 37.145); « Nous l’exauçâmes et le sauvâmes de son angoisse. Et c´est ainsi que Nous sauvons les croyants. » (Coran 21.88); « Si seulement il y avait, à part le peuple de Jonas, une cité qui ait cru et à qui sa croyance eut ensuite profité ! » (Coran 10.98). ↩︎
  11. Dans le film, c’est l’amant d’une institutrice, épouse infidèle de l’un des paysans, qui transporte, dans un camion, les immigrés. La relation est lointaine, clandestine, hasardeuse, mais elle existe. ↩︎
  12. Depuis 2000 ans, dit le curé, la prophétie s’est arrêtée. ↩︎
  13. Le film raconte l’histoire de quatre frères. L’un est mort dans un accident de voiture et un autre enterre les cochons malades – double enfouissement qui marque aussi l’enfouissement de toutes les valeurs. ↩︎
  14. On suppose que ce sont des Islamistes, mais le nom n’est pas prononcé. Les événements auxquels le film renvoie datent de la décennie 1990 – ils sont assez récents au moment où le film a été tourné. ↩︎
  15. Ismaël est le nom du récitant dans le roman de Herman Melville, Moby Dick (1851). C’est aussi le nom de l’enfant rejeté par Abraham à la demande de sa femme, Sarah. ↩︎
  16. Il ne va pas en France pour y trouver un « chez soi » de substitution. Il n’en attend aucune hospitalité, et n’a pas non plus d’ouverture à l’égard de cet autre. La scène d’ouverture, machinique, représente l’idée qu’il peut se faire de ce pays. ↩︎
  17. Il s’agit du récit biblique modifié dans l’esprit du sermon du père Mapple dans le roman de Herman Melville (1851), Moby Dick. À noter que ce personnage est joué par Orson Welles dans le film Moby Dick de John Huston (1956). ↩︎
  18. En tant que musulman, Ismaël peut mentionner Jonas, car celui-ci est cité à six reprises dans le Coran sous le nom de « Yûnus ». Dans la sourate 21, il est aussi appelé Dū al-Nūn, l’Homme à la baleine. Il a le statut d' »envoyé divin » et tient un haut rang spirituel. Même Mohammed ne doit pas se dire supérieur à lui. Pourtant le détail du récit ne figure pas dans le texte. Il fallait que l’auditoire ait une connaissance préalable des sources bibliques ou exégétiques pour qu’il comprenne les allusions, y compris les contradictions du personnage. Voici les citations du Coran : « Jonas était certes, du nombre des Messagers. Quand il s´enfuit sur un bateau surchargé, Il prit part au tirage au sort qui le désigna pour être jeté [à la mer]. Le poisson l´avala alors qu´il était blâmable. » (Coran 37.139); « Et Dhu an-Nun (Jonas) quand il partit, irrité. Il pensa que Nous n’allions pas l’éprouver. Puis il fit, dans les ténèbres, l’appel que voici : Pas de divinité à part Toi ! Pureté a Toi ! J’ai été vraiment du nombre des injustes. » (Coran 21.87); « S´il n´avait pas été parmi ceux qui glorifient Allah, il serait demeuré dans son ventre jusqu´au jour où l´on sera ressuscité. » (Coran 37.143); « Nous le jetâmes sur la terre nue, indisposé qu´il était. Et Nous fîmes pousser au-dessus de lui un plant de courge. » (Coran 37.145); « Nous l’exauçâmes et le sauvâmes de son angoisse. Et c´est ainsi que Nous sauvons les croyants. » (Coran 21.88); « Si seulement il y avait, à part le peuple de Jonas, une cité qui ait cru et à qui sa croyance eut ensuite profité ! » (Coran 10.98). ↩︎
  19. Le prêtre n’a pas de nom, c’est juste un prêtre. ↩︎
  20. On apprendra plus tard qu’il a été entièrement brûlé, qu’on ne peut rien faire de son corps. ↩︎
  21. Ce personnage secondaire est le seul dont on connaisse l’entier patronyme. ↩︎
  22. Y compris les livres. ↩︎
  23. Comme l’institutrice, cette femme est maintenue en-dehors de la ferme familiale. ↩︎
  24. On ne peut pas voir son corps, car il a brûlé avec la voiture. ↩︎
  25. Pour Arnaud des Pallières, dans un film, le montage est le moment le plus important. Il n’en confie la charge à personne et préfère l’accomplir lui-même. Citation : Le montage critique le tournage, qui lui-même critiquait le scénario. Une étape d’un film vient toujours critiquer la précédente (propos rapportés dans la revue Dérives). ↩︎
  26. Le film aurait eu 10 ans de gestation, Des Pallières a passé dix mois à le monter lui-même. ↩︎
  27. Et peut-être aussi par Hermann Melville. ↩︎
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Pierre D.

Initiateur et auteur du blog "Cinéma en déconstruction"

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