Festen (Thomas Vinterberg, 1998)

S’agissant d’inceste, la confession passe par l’autre

Le patriarche Helge Klingenfelt fait préparer une grande fête pour ses 60 ans. Parmi les convives, Christian, le fils aîné, est chargé de dire quelques mots au cours du dîner sur sa soeur jumelle Linda, morte un an plus tôt. Christian va profiter de cette occasion pour révéler publiquement les actes de son père. 

Il faut attendre tout à fait la fin du film pour se rendre compte qu’il s’agit d’une confession. La confession arrive à la fin mais pour advenir elle passe par l’autre, elle ne peut passer que par l’autre. En ce sens c’est un film profondément moral, un film de réconciliation sur le dos d’une morte (la soeur, la fille). Un inceste n’est pas un crime comme les autres, on ne peut pas le confesser directement. Il faut un détour, une contrainte. Il faut aussi tout un circuit avant qu’Oedipe se châtie lui-même. À la demande de son fils cadet, le plus dénégateur et le plus nazi (lui aussi à contre-emploi), le père finit par se retirer. 

Ce qui frappe quand on voit ce film pour la première fois, c’est l’insistance sur la caméra subjective. On passe d’un personnage à un autre, on les suit, et on les montre sous des angles inattendus, comme si à chaque fois il y avait un point de vue différent sur eux, ou comme si aucun point de vue ne pouvait être considéré comme « universel » (ou celui du réalisateur). On passe de l’un à l’autre, avant de s’apercevoir qu’il y a un double centre à ce film : d’un côté la position du père incestueux qui fête ses 60 ans , et d’un autre côté la position du fantôme de la fille suicidée, qui finit par prendre la parole par l’intermédiaire de sa soeur Hélène. La position perverse du père induit cette diversité catastrophique des points de vue, qui se reflète dans l’ubiquité du fantôme. 

Même si elle arrive sous la contrainte, même si elle passe par l’intermédiaire de ses enfants, la confession aura toujours quelque chose de très chrétien. En reconnaissant que ce qu’il a commis est impardonnable, le père demande pardon, et c’est là-dessus qu’il se retire. L’impardonnable n’a pas le dernier mot. Ce n’est pas un hasard si celui qui révèle la vérité se prénomme Christian. Il passe un moment de la nuit non pas sur la croix, mais attaché à un arbre, avant sa résurrection qui passe par l’invitation faite à une servante, Pia (Marie-Madeleine locale), à venir partager sa vie ailleurs (à Paris). La famille chrétienne est double : lieu de violence, de détresse, de haine, et aussi de reconnaissance, de pardon. Lieu de la plus grande unité et de la pire dislocation. Au nom de la famille, tout le monde finit par renoncer à la généalogie.

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Pierre D.

Initiateur et auteur du blog "Cinéma en déconstruction"

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