City of Hope (John Sayles, 1991)

Jamais les excuses ni les regrets ne seront à la hauteur du mal fait

Le film s’organise autour de la personnalité de Nick Rinaldi, jeune homme séduisant mais instable, sans projet ni perspective, en révolte contre son père Joe, promoteur immobilier prêt à toutes les compromissions pour développer ses affaires. En manque d’argent pour financer sa dépendance à la drogue, Nick participe à une tentative de cambriolage qui pourrait le conduire en prison si son père n’intervenait pas auprès du maire, lui-même corrompu. Jouant du plan-séquence, le film suit l’action de quelques dizaines de personnages dans la petite ville de Hudson City. Nick en veut à son père pour ce qu’il est, pour ce qu’il fait, et aussi pour la mort de son frère au Vietnam. Il ignore que ce frère tant admiré a grièvement blessé une femme en conduisant une voiture volée. Le père, qui a déjà « sauvé » son fils aîné en l’envoyant dans les marines (c’est-à-dire à la mort), doit maintenant « sauver » son fils cadet en lui évitant la prison. 

Nick tombe amoureux d’une jeune femme récemment divorcée dont l’ex-mari, policier, veut se venger. Bien sûr, le policier est corrompu, et bien sûr, il se sert de son arme de service pour blesser Nick. Les deux fils de Joe Rinaldi sont ainsi, tous les deux, condamnés à la chute, sans qu’il y ait apparemment de lien direct avec les activités louches du père, et pourtant… la dérive des fils est indissociable de la dérive générale régnant à Hudson City. Même le politicien noir, aussi honnête que lucide, ne peut pas faire autrement que de se compromettre avec des activistes dont il n’ignore pas qu’ils sont prêts à tous les mensonges. Il n’ose pas soutenir un professeur faussement accusé par de jeunes Noirs. C’est le seul moyen pour lui de capter la solidarité des pauvres, des opprimés, mais c’est aussi le début de la corruption. Si le système comme tel est nocif, fait entendre le réalisateur, nul ne peut y échapper. Si le mal, phénomène social, s’introduit partout, alors les individus n’ont pas d’autre choix que le regret individuel, la culpabilité. Ils s’isolent, s’excusent, mais les excuses opèrent comme un permis de continuer. Les remords n’ont pas d’autre conséquence que d’entretenir le mal. Dans ce film essentiellement pessimiste, le désir de réparation n’a pas d’avenir. Il n’y aura ni rédemption, ni salut : les fils n’ont aucune chance de se redresser. Le père les pleure, il appelle à l’aide, mais le seul à entendre ses plaintes est un SDF fou nommé Asteroid1.

  1. Cet Asteroid, ce pourrait être la figure délirante de la violence primitive, divine, la Gewalt ou Walten↩︎
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Pierre D.

Initiateur et auteur du blog "Cinéma en déconstruction"

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