Tirez sur le pianiste (François Truffaut, 1960)

En racontant la vie d’un autre, je transgresse l’impossibilité de raconter ma propre mort

Edouard Saroyan dit Charlie est, sans le vouloir, à l’origine de la mort de deux femmes, deux femmes qui l’aimaient, qui chacune à sa façon se sacrifient pour lui. Le film dénonce à sa façon la position (situation) de la femme à l’époque. C’est la signification manifeste du film : un documentaire sur la façon dont la femme est instrumentalisée, traitée (avec son consentement). Mais du côté de la signification latente, il est surtout question de biographie, d’autobiographie, car Truffaut est partout :

  • il est le pianiste (Charlie), membre d’une famille à laquelle il n’appartient pas vraiment, artiste peu sûr de lui;
  • il est Aznavour, artiste qui lui aussi a eu du mal à percer, milieu populaire etc.;
  • il est la seconde femme de Charlie, celle qui est tuée à la fin du film, venue de l’assistance publique et qui n’a rien à perdre.;
  • il est aussi le jeune Fido élevé par son oncle, pas trop mauvais élève à l’école et qui finit par s’enfuir.

Ce film noir assez classique est dominé par un double bind, une double fatalité contradictoire à laquelle les personnages ne peuvent pas échapper. Edouard Saroyan était dans la tragédie depuis le départ, et il l’est encore dans la dernière image du film. Il ne peut pas la fuir, pas plus que son frère, elle le rattrape. Il est à la fois artiste et bandit, talentueux et médiocre, séducteur et solitaire. Dans cette autobiothanatographie qui est aussi une autobiocinématographie, le réalisateur déclare son ubiquité.

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Pierre D.

Initiateur et auteur du blog "Cinéma en déconstruction"

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