Une vie violente (Thierry de Peretti, 2017)

Le militantisme comme tragédie sacrificielle.

Le film suit le parcours de Stéphane, fils d’une famille bastiaise aisée, qui s’engage dans un mouvement indépendantiste radical prônant la lutte armée contre l’État. Entre délinquance, racket et militantisme, il entraîne avec lui un groupe d’amis. Mais leur chef est assassiné. Stéphane s’enfuit puis décide de retourner en Corse pour assister à l’enterrement d’un ami d’enfance assassiné. Il ne quittera plus son île natale, même s’il doit y laisser sa vie.

Comment un engagement militant, une conviction sincère de la part d’un jeune homme (Stéphane) cultivé et intelligent, de bonne famille – fils ou descendant de notaire même si l’on ne voit pas trace de son père dans le film – peut aboutir à une terrible réduction, à la restriction de toute une vie à une seule dimension : l’engagement politique à tout prix. La question du rapport entre violence, idéologie et affairisme est au coeur du film, mais ce n’est peut-être pas son motif essentiel. Peut-être la question posée est-elle celle du militantisme en général. Qu’il s’agisse d’anti-colonialisme ou d’autre chose, il y a toujours dans l’action politique une dimension sacrificielle. Il faut renoncer à la vie personnelle, familiale, sexuelle, il faut renoncer aux loisirs et à la culture pour se concentrer sur un thème, une « cause » extérieure (si elle n’était pas extérieure, elle ne mériterait pas ce dévouement). Ce sacrifice est vécu comme une obligation indiscutable, inconditionnelle. Stéphane doit revenir en Corse, retrouver ces « amis » avec lesquels il ne partage rien d’autre que cette action militante, il doit revenir vers le cadavre de ce chef avec lequel il lui arrivait de discuter, mais sans jamais vraiment argumenter. La tragédie du film, c’est que tout est écrit à l’avance, l’issue fatale arrive comme un destin, une fatalité que personne ne peut éviter.

Le film est une allégorie du militantisme – et peut-être de la politique en général. Militer ne conduit pas toujours à la mort physique, mais certainement à l’effacement du sujet, à l’élimination de ses aspérités singulières, au refoulement de ses secrets. Le « peuple » reste une abstraction au nom de laquelle on donne la primauté à des fraternités de combat. Il arrive que le « bien » promis, éventuel et perdu de vue, ne pèse pas lourd par rapport au mal sacrificiel – mais il ne faut pas généraliser.

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Pierre D.

Initiateur et auteur du blog "Cinéma en déconstruction"

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