Mariana (Marcela Said, 2017)

Vous êtes tous des criminels, je veux bien vivre parmi vous, mais je ne vous ferai pas d’enfants.

Une fille assez quelconque qui vit dans un monde d’hommes, filmée par une femme avec un regard de femme totalement dénué de complaisance. Sa seule résistance (peut-être), c’est de ne pas leur faire d’enfants-héritiers : à 42 ans, elle est toujours en traitement (PMA). Mais ce n’est pas vraiment un échec car on a l’impression qu’elle n’en veut pas, d’enfants, comme si elle avait accepté pour elle-même cet univers, mais n’avait aucune envie de l’imposer à ses rejetons. Père chilien actif dans la dictature, mère en cavale depuis longtemps, mari argentin dont toute la famille (des militaires) est en prison pour la même raison. Ce n’est probablement pas un hasard si c’est d’un militaire qu’elle s’éprend elle aussi : le colonel, professeur d’équitation. Elle découvre ses méfaits (que peut-être elle connaissait déjà inconsciemment), l’accompagne jusqu’à son suicide, comme si elle-même n’avait pas besoin de se suicider, puisque sa vie est déjà vide. Le colonel lui laisse un courrier où il balance tous ses complices, y compris son père. Elle ne fera rien du courrier, elle le fera brûler dans son sac. (C’est la seule solidarité qu’elle connaisse). Au fond, elle est lâche et elle restera lâche, elle ne peut pas en sortir. C’est son destin contre lequel elle ne se révolte pas. Elle sait à quel monde elle appartient, elle est misérablement triste, mais il n’est pas question qu’elle en change. D’ailleurs la seule chose qui l’intéresse dans la vie, c’est ses chiens (Los Perros, titre du film en espagnol).

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Pierre D.

Initiateur et auteur du blog "Cinéma en déconstruction"

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