Hamnet (Chloé Zhao, 2025)
Faire de Shakespeare un père repenti mariée à une maman exemplaire (ex-sorcière) : un idéal hollywoodien
Faire de Shakespeare un père repenti mariée à une maman exemplaire (ex-sorcière) : un idéal hollywoodien
Le monde est hors de ses gonds, le phallogocentrisme s’écroule, une folie mortifère menace
Les mourants sans monde, on ne peut pas les porter, on ne peut que les garder
Des corps que, faute de monde, le désir ne parvient pas à soutenir
Regardez défiler le monde, les paroles blanches, incertaines, entre le froid du désert et la sécheresse de l’été, c’est la fin, le voyage s’arrête (comme la vie), on ne voit plus rien
Le vol d’œuvre d’art comme acte gratuit aussi abstrait, irrationnel, incompréhensible, que l’œuvre elle-même
Quand tous les appuis s’effondrent, extérieurs et intérieurs, la survie dépend de la persistance d’un lien, fut-il le plus fragile, le plus improbable
Pourquoi continuer à vivre dans un monde où l’on vit pour rien ?
La famille comme lieu privilégié du X sans X : parler sans parler, avouer sans avouer, taire sans taire, transmettre sans transmettre, etc…
Ni le viol, ni le trauma, ni la vengeance, n’anéantissent l’ambivalence, ne neutralisent l’ambigüité
Avec la naissance de l’enfant, le monde s’est vidé, ma place est anéantie, plus rien n’a de valeur, ni par le genre, ni par le sexe, ni par la raison
Un monde où parmi les gens du commun, tous vampirisés, ne peut survivre, par exception, qu’un seul individu singulier
Œdipe errant, aveugle, dégagé de toute généalogie, détaché de toute communauté, chargé de fautes involontaires, pose la question d’une sainteté à venir
Par l’irruption d’un visiteur, le sexuel se désincarne, la famille se déconstruit, chacun se donne sans condition et nul ne connait plus sa place
Au mal d’archive, on ne peut répondre que par un malaise, un trouble, un aveu d’oubli, de perte irrémédiable
Il faudrait, pour se déprendre d’un monde chaotique, laisser revenir les rêves, mais nous n’y arrivons pas, car les sens se perdent
Redoubler les récits de Kafka par un Kafka supplémentaire qui finit par accepter la fatalité : il n’y a pas d’autre horizon, dans ce monde, que sa propre mort
Une parodie de déprise parodiant la perte de vie sociale qui arriverait si cette déprise n’était pas une parodie
Pris dans une mécanique incontrôlable qui, pour lui, n’était pas un monde, il aura préféré s’en retirer Ce sont deux films très différents l’un de l’autre : un documentaire construit à...
Comment accéder à la formule numérique de la création sans renoncer à la complexité de la vie ? Telle est la véritable énigme
Face aux comportements stéréotypés des foules humaines, à l’indifférenciation du bien et du mal, il faut faire exception
L’amour digne de ce nom creuse un vide en soi pour porter, en l’autre, l’au-delà du rien
Il faudrait, en racontant quelques traits de la vie de Kafka, faire ressentir l’insaisissabilité d’une œuvre inexplicable, mais on n’arrive qu’à enfler encore plus l’infini volume de ses parerga
Je vais le soutenir, le porter, car je sais à l’avance où cela le conduira – à la neutralisation de ses fautes, au mariage
Une errance à la poursuite de sa descendance jusqu’à la perte totale d’identité, le néant
Croire en la possibilité d’une poésie asociale, inconditionnée – c’est un risque, un danger dont les proches doivent se protéger
Il faudrait, pour se dissocier légitimement du monde, être un poète exceptionnel, unique – celui qui n’en est pas digne est rejeté, méprisé
Étranger au monde, indifférent à ses valeurs, il assume le geste qui, par la peine de mort, l’en séparera pour toujours
Il faut, pour survivre, accepter l’incompréhensible, renoncer au calculable
Le mal surgit quand la chaîne des promesses, des dettes, des reconnaissances et des représailles s’altère, se dérègle, se disloque
Un film ultra-féminin qui décrit l’immersion corporelle, émotionnelle et sexuelle dans le phallo-pouvoir, son écriture et la voie d’un certain apaisement
Il faut préférer l’hybridation à la confrontation violente des appartenances et des opinions
Il faut, pour que triomphe le pouvoir absolu, réduire les fantasmes à néant, car ils se présentent comme les plus dangereuses des pensées
Pour s’imposer absolument, le souverain ne doit pas seulement commander aux vivants, à la société, il faut aussi qu’il commande absolument à la pensée
Nepo babies et Nepo art – Un film de retrouvailles familiales qui laisse entendre que l’art ne vaut que par sa valeur mémorielle ou marchande
Rencontrer la mort sur le chemin détourné d’une danse, une fête, une jouissance tragique
Les fantômes qui exigent la justice ne se laissent pas effacer, oublier, leur présence insiste et s’ils se rassemblent, ils peuvent transformer le monde des vivants
On ne peut pas compenser la culpabilité d’avoir causé ou laissé venir la mort, mais on peut marcher, franchir un pas au-delà
Il aura fallu, pour renaître, en passer par un lieu de confusion, d’effacement, de non-savoir : idiotie, bêtise, handicap mental
Un amour inconditionnel, sous emprise, par le simple pouvoir de la voix, fait des miracles
Une mise en œuvre du principe analytique du biopic : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » à propos d’Ada Lovelace, dont l’essentiel reste secret
Je rêve d’un autre amour caché, secret, mystérieux, dont mon oreille, séparée de mon corps, pourrait entendre le chant inquiétant, dangereux
Dans un monde déréglé, sans lien social ni valeurs, on ne peut s’appuyer que sur une famille étroite, et des corps quasi morts
Je porte en moi ma mère, ma patrie, elles m’étouffent, trop lourdes pour que je tienne sous leur poids, je les chasse
Avec le dérèglement climatique, ce sont tous les liens sociaux, humains et affectifs qui se dérèglent
Une présence obscure, enfouie, aura incrusté entre le père et la fille un archi-lien, une quasi-télépathie
On peut faire couple ou se marier par calcul, transaction, voire sentiment amoureux – mais alors dans le même mouvement on s’expose à l’incalculable
Un film ni pire ni plus pénible à voir que ce qu’il représente : le retour du chaos, sans autre perspective que le chaos lui-même
Un amour irraisonné, surgi inopinément, c’est un danger, une perte de contrôle qui peut être mortelle
L’amour inconditionnel, ce n’est pas le début d’une histoire à venir, c’est la fin d’une histoire où rien n’est arrivé
Rien ne peut empêcher la réitération, à chaque génération, du même cycle d’amours dont la trace subsiste, inconditionnellement
Il n’y a pas de justice en amour
Le rejet de toutes les valeurs par un personnage obscène, inqualifiable, fait advenir un amour irrésistible, injustifiable, intenable, qui ne trouve de réciprocité que dans la mort
Testament de Clouzot : Il appartient à tout cinéaste digne de ce nom d’honorer un statut d’exception : le droit de se soumettre à sa guise, sans loi ni limite, les acteurs, personnages et autres items d’un film
Axiome de Clouzot : « Ayant un droit d’emprise sur tous les éléments d’un film (personnes et choses), j’ai aussi le droit souverain, inaliénable, de le·s mettre à mort »
Un appel sans source, ni origine, ni signification, ni cause, ni enjeu – ne peut conduire qu’à la destruction : de soi et de l’autre
Pour ouvrir une autre éthique, il faut pleurer, implorer
À l’amour inconditionnel, rien n’est comparable ni équivalent
Un deuil de soi ambigu, qui rend la singularité possible
Il n’y a pas de fraternité sans bénédiction : porter l’autre vers un avenir inconnu
Contourner le deuil en ne retenant de la mort que sa matérialité (pourriture, décomposition)
En exigeant une justice impossible à instaurer, le dibbouk interdit l’oubli
Celui dont l’avenir aura été déterminé avant la naissance n’aura pas d’avenir, il ne vivra pas
Inexplicable, instable, inclassable, insaisissable, le jeune meurtrier incarne le déséquilibre d’où pourrait surgir une réponse, une nouvelle donne
Ayant vécu « ma vie » sous le signe de la gratuité, « ma mort » arrive quand à cette place s’impose l’échange, la circulation du sang
Il faut, pour cheminer vers le deuil, le soutien d’une addiction, d’une substance pharmacologique
Trop d’affect, de spontanéité, de tension amoureuse, une femme trop différente, c’est pour la société, la famille, une déconstruction, une agression insupportable
Un dernier désir au-delà de tout désir : mourir vivant
En-deçà de l’amour surgit la violence primordiale, inexplicable, de l’archi-amour
Pour effacer les dettes à l’égard d’autrui, il aura fallu que s’instaure une relation toute autre avec les vivants, les animaux, les personnes
Comment ne pas trouver son chemin, dans le temps retardé du retour spectral et de la désagrégation du temps
Un monde en suspens dans un voyage où s’effritent le social, l’autorité, ouvrant la voie à d’autres valeurs, au-delà du deuil
Evider un monde pour porter, sans que rien ne l’entrave, le commencement d’une parole
Un Jésus vivant, qui ne cède en rien au sacrifice
Une fable aporétique où la mort du souverain ouvre la possibilité d’une hybridité à venir
Il faut, pour aller vers sa propre destination, la violence de l’autre
Pour sauver la ville de la mort, il faut renoncer à l’amour conjugal pour une autre alliance, mystérieuse, un autre réseau d’allégeance
Le rêve du réalisateur : une caméra qui, se faisant passer pour un spectre, possède la faculté d’intervenir sur ce qu’elle filme
Tomber sous emprise est une malédiction dont on ne peut s’extraire qu’en y sacrifiant ce qui, au fond de soi, y adhérait
Quand le pouvoir souverain, obscur, de la féminité, met en jeu la peine de mort pour s’approprier la puissance phallique
La simple présence d’une personne étrangère, sans raison ni justification, peut arracher quelqu’un à sa vie quotidienne, traduire ses pensées dans une autre langue
La mise en scène d’une histoire diffractée, disséminée, inépuisable, enfouit dans l’obscurité la folie incestueuse des personnages
En l’absence de preuve, il faut un témoignage – fût-ce d’un enfant – pour décider, mais le jugement véritable, s’il en est, pourrait venir d’ailleurs
Le jour des premières règles est celui où une bénédiction doit venir, pour protéger, accompagner et aussi prendre son envol
Purifier la violence primordiale par la beauté des corps souffrants, réparer par un amour quasi-religieux un massacre abominable
L’identité de celui dont l’identité est de ne pas en avoir est aussi une identité, celle qui oblige à vivre dans l’aporie
Pour restaurer le mariage légitime, contractuel, voulu par les pères, il faut en passer par le sortilège d’une autre amour disruptif, envoûtant, déstabilisateur
Une pure éthique singulière, inconditionnelle, d’une absolue simplicité, ne peut pas se mesurer à l’injustice
Il aura fallu un cadre unique, fixe, stable, pour faire du domicile le lieu où s’incarne la phrase : « Il n’y a pas de chez soi »
Faute d’avoir été digne d’amour, je voudrais être digne de la vérité, mais celle-ci m’échappe, il ne me reste que la prière
Faire son deuil en préservant, malgré tout, un lieu où la trace du mort peut s’inscrire
Nouveau christianisme : on peut accéder à la rédemption en donnant du plaisir
Seule la femme du dehors est digne d’alliance, mais jamais elle n’est disponible : elle éblouit, se dérobe et disparait
Pour pallier l’épuisement du « chez soi », on multiplie les ornements, les plats, les cadeaux et les chansons nostalgiques, mais ça ne marche pas, on n’est plus nulle part